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La responsabilité de ta Vie

La responsabilité de ta Vie

“Bonjour ? Qu’est-ce que vous me racontez de beau aujourd’hui ?”

Elle m’accueille incertaine. Un demi-sourire posé sur ses lèvres “au cas où”, des fois qu’elle serait sensée me reconnaître, savoir ce que je fais là, près d’elle qui est encore dans son lit emmitouflée sous ses 2 couvertures et son gros édredon rouge.


Moi, je sais ses deux bouillottes joufflues qui réchauffent ses pieds, je sais les petits mouchoirs en papier coupés en quatre qu’elle sème partout jusque dans les draps, je sais aussi les miettes de madeleine qu’elle grignote pendant la nuit et je devine à son souffle si la nuit a été bonne ou pas tant que ça.


Je viens 3 fois par semaines depuis plusieurs mois. Elle ne s’en rappelle pas, pas plus que de mon prénom. Elle me rencontre chaque matin pour la première fois.

Mme O a 93 ans la semaine prochaine et sa mémoire s’effiloche.


Regarder en arrière…


Il lui reste des bribes de l’enfance, le bonheur des trajets à l’école en patins à roulettes, les engelures pendant la guerre dans ce château glacial où elle et ses sœurs avaient été mise au vert, la jolie chambre aux oiseaux de La Possonnière qu’elles partageaient quand elles allaient chez leur grand-mère, cette chute sur le derrière dévalant le vieil escalier jusqu’en bas, …


Il lui reste aussi quelques bouts de sa vie d’adulte mais qui semblent se mélanger comme les lettres du scrabble au fond du sac. Elle ne sait plus trop quand son mari est mort, si elle est rentrée en France avant ou après la naissance de ses enfants, combien en a-t-elle d’ailleurs ? Elle se dit parfois professeur de mathématique et s’il est vrai qu’elle calcule encore avec dextérité, je sais qu’il n’en est rien puisqu’elle était graveur et sculpteur avant d’être enseignante d’art plastique, il faut bien gagner sa vie !


Je ne sais d’elle que ces petits bouts de vie dans le désordre qui parfois se télescopent tout confus.

Certains matins, elle ne sait plus. “Je suis où ? À Paris ?”. Elle me dit que c’est étrange qu’il fasse si froid pour un moi de mai, alors que nous sommes en janvier et me demande où en est le catalogue pour l’exposition à laquelle elle ne participe plus depuis bientôt 4 ans.


Nous sommes plusieurs à travailler avec elle, mais je suis la seule à qui Mme O parle de la mort. De la sienne à venir, de sa mère, de celles de ses sœurs “c’est bête et méchant de m’avoir laissé seule comme ça, la dernière des quatre filles !”, de la vitesse à laquelle passe une vie qu’on imaginait d’une certaine façon et qui a tourné d’une toute autre manière.


Elle me questionne “Alors, que peut-on attendre de la vie maintenant que tout est foutu ?”. Et quand je lui demande s’il n’y a pas des choses dans son vécu dont elle est heureuse et pour lesquelles elle perçoit un sentiment d’accomplissement, elle me répond les yeux un peu triste : “si peu”.


Elle boit son thé, beurre sa tartine et a déjà oublié.


… et avoir choisi ce qu'on y voit


Je ne sais pas trop où je vais avec ce texte. Simplement, les désillusions de Mme O qui regarde sa vie depuis la presque fin me ramènent à ces mots : l’éphémère de la vie, l’importance de ses désirs, la responsabilité de chaque seconde vécue…


Un jour, je me le souhaite, j’aurai son âge. Et si je suis encore lucide quelque fois, j’aimerai pouvoir me réjouir de cette incarnation vécue et être dans une joyeuse curiosité de la suite.


C’est sur ce chemin que je m’engage depuis longtemps et ces dernières années avec beaucoup de détermination et plus de conscience.


“Vous ne déjeunez pas avec moi ? Sinon vous pourrez venir à mon anniversaire. Enfin, si je suis encore vivante la semaine prochaine ! Je voudrais un gros gâteau, avec autant de bougies qu’il faut. Quel âge j’ai déjà ? Ah, ça va faire trop. Laissez tomber les bougies. Tant que le gâteau est au chocolat !”. Ses yeux pétillants et son sourire gourmand illuminent son visage.

Voilà, c’est ce sourire-là que je lui souhaite tout au bout et que je nous souhaite à tous.


S’engager pour sa vie, suivre ses désirs, marcher vers ce qui fait sens, aimer, aimer bien, prendre soin, être intègre, rire de soi, s’aimer bien aussi, s’alléger, s’émerveiller, rire tout court, savourer, choisir, choisir vraiment, danser librement, écouter son cœur… voilà mon fil conducteur pour la suite.


C’est souvent aussi le fil que suivent les personnes que j’accompagne. Et toi, prends-tu la responsabilité de ta Vie ?



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